Le pixel — pour « picture element » — est l'unité de base d'une matrice.
Tout mon travail tourne autour de ce qu'on peut en faire ressortir :
la photographie moyen format, qui multiplie les pixels pour donner sa texture à l'image ;
le géoréférencement du pixel, pour créer un Modèle Numérique de Terrain ;
l'étude du pixel humain, unité de base de la société, pour comprendre l'ensemble.
Ma matrice : la Caraïbe, et de plus en plus les îles asiatiques.
la fabrique · 1849-2026
Les pixels d'une image peuvent être géoréférencés (on peut attribuer à chacun une position précise dans l'espace) par triangulation, dès lors que l'on possède plusieurs photographies d'un même objet prises sous des angles différents. C'est l'officier du génie français Aimé Laussedat qui est l'un des premiers à en avoir l'idée, avec sa « métrophotographie » : dès 1849 il relève la façade des Invalides, puis le château de Vincennes, et fait valider la méthode en 1861 sur le village de Buc, près de Versailles. La photographie aérienne, elle, viendra d'ailleurs — du ballon de Nadar en 1858, puis du cerf-volant d'Arthur Batut en 1888.
La méthode se développe avec la stéréoscopie, mais surtout avec l'arrivée de l'informatique et du numérique. Pour sa véritable diffusion, il ne manquait plus que les premiers drones grand public chinois, les DJI Phantom 3 et 4, à partir de 2015.
C'est à cette époque que je fais la connaissance de Steeven Maizeroi, un jeune passionné de drones martiniquais avec qui je décide de m'associer pour monter une petite entreprise dédiée à la photogrammétrie. Nous nous lançons avec un Phantom 4 et un ordinateur portable. Steeven m'apprend les bases du pilotage et commence à enseigner la photogrammétrie en centre de formation.
Deux ans plus tard, nous faisons voler un drone à 30 000 € au-dessus des champs de canne de Neisson, au domaine Thieubert. En équipant ce VTOL d'un capteur multispectral, nous nous inscrivons dans le courant de chercheurs qui tentent d'établir une régression statistique indirecte entre l'état du feuillage et la richesse saccharine (dans l'idéal le taux de sucre, indicateur de qualité de référence ; en pratique le Brix, qui en est une approximation). Steeven poursuit son parcours dans l'Hexagone en multipliant les missions, là-bas et en Afrique, pendant que je développe de nouveaux services, LiDAR et imagerie thermique, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane.
Le secteur connaît une nouvelle évolution majeure avec l'intelligence artificielle. Boris Dupoux, ingénieur centralien, rejoint l'aventure pour un temps et apporte son expérience du développement algorithmique. Nous tentons Singapour : rencontres avec les responsables du port et des chercheurs du CNRS sur place, élaboration des bases d'un modèle de détection automatisée des pollutions de l'eau (hydrocarbures) et de l'air (méthane). Puis, à Balboa, nous échangeons avec les équipes du canal de Panama. Inspiré par Boris et par ces échanges, je me plonge dans les agents embarqués (via des modules de calcul ajoutés au drone) et dans le traitement de la donnée : modèles frontières, puis développement d'un agent IA local.
De Laussedat à l'agent qui tourne sur ma machine, le geste n'a pas changé : deux images d'un même objet sous deux angles, et l'on sait où se trouve chaque point du monde. Ce sont les outils qui changent — et la vitesse à laquelle ils apprennent.